Seul.

Papa Ibrahima FALL
3 min readDec 3, 2021

Je regarde mon téléphone : il est 13h42. Il me reste 12% de batterie, maintenant 11. Je suis seul sur mon banc, devant l’océan. J’écris sur mon application Notes, quand vous lirez ce texte je serai sans doute sur un bateau.

Comment en suis-je arrivé là ?

6h30, l’alarme de mon téléphone sonne, je sursaute, ça me fait toujours cet effet. Je soupçonne cette mélodie agressive d’avoir été composée par le diable. Cette nuit j’ai dormi. J’ai dormi parce que je stressais pour la journée qui s’annonce. Je pense que je me suis évanoui.

Me voilà dehors. Il est 8h, je n’arrive pas à croire que je porte une chemise rentrée dans mon pantalon et ai mis une cravate. Je suis un peu en retard comme d’habitude j’ai perdu du temps sur mon téléphone quand j’étais aux toilettes, sur le trône. Je marche vite vers l’arrêt de bus pour ne pas courir avec mon accoutrement. Elle est là.

La fille de l’arrêt, je ne connais pas son nom. Elle est toujours là à cette heure, toujours avec un nouveau livre chaque deux jours. Elle lit vite et a sans doute un abonnement à la bibliothèque. Elle lève les yeux de son livre, Le Meurtre de Roger Ackroyd de Agatha Christie, elle a bon goût. Je lui rendit timidement son sourire, c’est notre rituel chaque matin. Elle est belle.

Je suis arrivé à l’heure. J’ai envie de pisser. Une dame m’interpelle et me demande ce dont j’ai besoin, je bégaye que j’ai un rendez-vous au service Ressources Humaines « C’est au troisième étage » me fit-elle en me montrant du doigt l’ascenseur. Elle sent bon. J’avais besoin de pisser. Je suis dans l’ascenseur, je ne me rappelle plus de quel étage la dame de l’accueil m’avait parlé, je m’étais concentré sur la tâche sur son col. Elle avait dit troisième.

Je suis dans la salle d’attente je regarde ma montre à aiguilles je n’arrive pas à lire l’heure je regarde mon téléphone il est 10h11. Un jeune homme est avec moi, il parait jeune pour quelqu’un qui a la calvitie. On m’appelle, je me lève je fais tomber mon sac que j’avais sur les genoux la secrétaire glousse et me fait entrer dans le bureau du responsable.

Je suis dans la rue, je traîne, je ne pense pas que je serai embauché. En tout cas le monsieur qui sentait le café a bien ri quand je lui ai dit que j’ai postulé ma candidature parce que j’avais besoin d’un travail pour vivre. J’ai été honnête. Il aurait dû prendre un chewing-gum après son café. Il est 12h56, mon téléphone me signale qu’il me reste 20% de batterie, j’ai oublié de le charger en me couchant, la partie de Candy Crush aux toilettes a sans doute diminué la batterie.

Je suis à la corniche, je ne sais pas pourquoi je suis là, mes pieds m’y ont mené. Maman m’emmenait ici chaque Samedi. Elle est partie quand j’avais 9 ans, Grand-mère m’a dit qu’elle a pris un bateau pour rejoindre l’autre monde, Elle me manque. Elle me comprenait.

Je suis assis sur un banc devant la mer, je vais rejoindre Maman dans son bateau, je serai moins seul. Je pense à la fille de l’arrêt. Demain elle ne me verra pas, je ne lui rendrai pas son sourire.

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Papa Ibrahima FALL

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